Le nucléaire breton ne servira qu’à alimenter Paris

Incomplet !

En bref

En réalité, une centrale en Bretagne permettrait surtout de faire face au besoin grandissant d'approvisionnement en électricité dans la région qui résultera de l'électrification des usages. D'autre part, le principal bénéficiaire d'une telle installation serait aussi le voisin immédiat de la Bretagne, les Pays de la Loire, région elle aussi fortement déficitaire en électricité.

En détail

Le projet, abandonné en 1981,   d’une centrale nucléaire en Bretagne concernait la réalisation sur l’unique site de Plogoff de 4 réacteurs de 1300 MWe chacun, ce qui correspond à l’actuelle centrale normande de Paluel. Cette dernière produit une grosse trentaine de TWh par an d’électricité.

Dans l’hypothèse d’une future centrale de grande puissance, c’est une paire d’EPR2 (2 x 1650 MWe) qui serait considérée, avec une production de l’ordre de 20~25 TWh/an.

Ainsi, avec les plans de centrales tels que prévus à l’époque (ou tels qu’ils pourraient vraisemblablement l’être à l’avenir), la Bretagne administrative serait devenue (ou deviendrait) exportatrice de l’ordre de 9 à 15 TWh par an, pour une consommation de 22 TWh. 

Mais cela oublie trois facteurs clés :

  • La région immédiatement adjacente, les Pays de la Loire (dont la Loire Atlantique est historiquement et culturellement très proche de la Bretagne) est elle aussi fortement déficitaire en électricité. La quasi-totalité des exportations bretonnes d’électricité y aurait donc été consommée.
  • Un réseau électrique moins fragile aurait été un facteur d'attractivité pour l'industrie, qui aurait peut-être pu se développer davantage autour de Brest par exemple, augmentant la consommation régionale.
  • La consommation électrique de la région va devoir augmenter pour décarboner les usages actuellement dépendants d’énergies fossiles non-électriques. On estime que celle-ci passerait de 22 à 35~40 TWh/an post-2050 (avec des valeurs sensiblement similaires dans les Pays-de-la-Loire), réduisant à néant la marge d’exportation qu’une seule centrale nucléaire aurait apportée à la région.

Tenant compte de ces trois éléments supplémentaires, un programme électronucléaire en Bretagne/Pays-de-la-Loire resterait à vocation d’alimentation strictement régionale tant qu’il ne dépasserait pas quatre tranches équivalentes EPR (~45 TWh/an).

En comparaison, la Normandie, avec ses 9 réacteurs nucléaires (8 réacteurs de 1330 MWe et 1 EPR de 1600 MWe) produit 75 TWh/an, mais n’en consomme que 25 TWh. De plus, la Normandie étant géographiquement beaucoup plus proche de l’Île-de-France, elle est bien mieux indiquée pour alimenter cette dernière, distante d’à peine 150 km, là où Plogoff se situe à 500 km de la capitale.

Sources :