La lutte contre le projet de centrale à Plogoff à été une victoire pour l’environnement

Faux !

En bref

L’annulation du projet de Plogoff a entraîné la construction et/ou le maintien de centrales au fioul et au charbon, et la construction d’une centrale à gaz fossile flambant neuve mise en service en pleine crise gazière. Elle est à l’origine de la fragilité historique du réseau électrique breton.

En détail

Fin des années 1970, les projets d’implantation d’une centrale nucléaire en Bretagne s’enlisent, alors que la consommation d’électricité de la région continue d’augmenter, laissant le système électrique local dans une position précaire.

Le seul palliatif possible consiste à installer des unités de production à l’extrémité ouest de la Bretagne pour soutenir la tension locale du réseau.

EDF se voit donc contraint d’investir dans une solution d’urgence : ce seront les turbines à combustion de Brennilis et Dirinon, mises en service en 1981. En parallèle, la centrale de Cordemais se voit ajouter 2 unités de production au charbon de 600 MW, portant la capacité totale de production de la centrale charbon/fioul à 3200 MWe.

Les communications officielles de l’époque illustrent d’ailleurs très bien ce caractère d’urgence :

Les perspectives de construction d’une centrale nucléaire dans la région ne se sont cependant pas réalisées, et le statu quo fut maintenu : aucune centrale nucléaire ne fut construite en Bretagne, et Cordemais continua de fournir une part importante des besoins régionaux. 

Mais deux problématiques allaient faire revenir le sujet sur le devant de la scène : 

  • L’augmentation des besoins régionaux avait accru la pression sur un réseau déjà fragile.
  • Bien que repoussée d’année en année, la mise à l’arrêt de la centrale de Cordemais est, à terme, inéluctable. 

Si la centrale de Cordemais ferme, la Bretagne n’aura pratiquement plus de moyens de maintenir la tension en bout de ligne lors des épisodes de forte consommation.

C’est fort de ce constat qu’a été signé en 2010 le Pacte électrique Breton, un plan constitué de 3 volets 

  1. Maîtriser la consommation régionale par des gestes d’efficacité énergétique (voire de sobriété via le dispositif Ecowatt demandant aux gens de réduire leurs consommations lors des périodes tendues).
  2. Augmenter la capacité de production régionale, avec un développement des énergies renouvelables.
  3. Assurer la sécurité d’approvisionnement :
    1. Par un renforcement du réseau, avec le filet de sécurité 225 kV (entre les postes électriques de Plaine-Haute, Mûre-de-Bretagne, Calan et Poteau-Rouge) qui permet de relier en cas d’urgence le nord et le sud de la Bretagne.
    2. Mais aussi et surtout la commande par la puissance publique de la centrale à gaz de Landivisiau,.

EN CONCLUSION :

L’abandon de la construction d’une centrale nucléaire en Bretagne a donc eu les conséquences suivantes :

  • Nécessité de construire les centrales au fioul de Brennilis et Dirinon (~100 kT de CO2 par an).
  • Obligation de maintenir ces centrales en fonctionnement, malgré leur âge avancé (plus de 45 ans).
  • Impossibilité de fermer la centrale à charbon de Cordemais (250 kT de CO2 en 2024), fait aggravé par l’abandon d’un autre projet de centrale nucléaire au Corsept/Pellerin/Carnet.
  • Nécessité de construire une centrale à gaz fossile de 450 MW à Landivisiau (275 kT de CO2/an).

Pour information, la centrale de Plogoff devait avoir une capacité de 5320 MW (4 unités de 1330 MW), soit peu ou prou le record de consommation électrique enregistré en Bretagne (d’après Eco2Mix).

Sources :