Tchernobyl sur Seine !
Faux !
En bref
En détail
Le livre Tchernobyl sur Seine [1] est bien renseigné sur le plan qualitatif concernant les problématiques de sûreté. Toutefois, s’agissant des composants en cause, l’accident raisonnablement envisageable, conformément aux exigences des autorités de sûreté et au retour d’expérience, concernerait plutôt des défaillances de générateurs de vapeur. Cet accident conduit à des conséquences radiologiques très limitées. En aucun cas il ne conduit à la dégradation avancée du cœur et aux conséquences catastrophiques évoquées. Par ailleurs, il est inexact d’affirmer que cette catégorie d’accidents n’a pas été étudiée, de nombreuses analyses ayant été menées dès les années 1980 [5].

De même, il est faux de dire que les procédures existant en salle de commande ne permettent pas de le gérer. Les accidents liés à des ruptures de tubes de générateurs de vapeur font partie des domaines où le retour d’expérience des réacteurs de 900 MW a été largement exploité pour améliorer les conceptions suivantes (1300 MW, N4, puis EPR).
Les enchaînements techniques et humains ayant eu lieu en 1986 sur un réacteur RBMK à Tchernobyl ne sont pas physiquement possibles en France, pour plusieurs raisons [2] [3] [4] [5] :
- Nos réacteurs sont de type réacteur à eau pressurisée. C’est le type de réacteur le plus courant au monde, exploité notamment aux États-Unis, en Belgique, au Brésil, en Chine, en Finlande, en France, en Allemagne, en Inde, au Japon, en Russie, en Espagne et en Suède, et dans plusieurs autres. Le RBMK était un design soviétique, seulement construit dans l'ex-Union soviétique. Les REP bénéficient donc d’un retour d’expérience mondial.
- Le REP utilise l'eau comme modérateur et comme caloporteur, contrairement au RBMK qui utilise le graphite comme modérateur (et eau bouillante comme caloporteur).
- Le RBMK présentait un fort coefficient de vide positif, rendant le réacteur instable dans certaines conditions.
- Les barres de contrôle du RBMK comportaient une extrémité en graphite favorisant temporairement la fission, au lieu de l’arrêter immédiatement.
- Les barres de contrôle dans un RBMK s’insèrent en plusieurs dizaines de secondes contre deux secondes pour un REP (ce temps a été réduit depuis l’accident et des barres de contrôle rapides ajoutées)6. Le RBMK n’a pas d’enceinte de confinement à l’image de celle dont disposent les REP. Par conséquent, lorsque le réacteur a été détruit, le bâtiment conventionnel autour l’a été également et a mis directement en contact les matières radioactives avec l’environnement.
Sources :
[1] https://www.leslibraires.fr/livre/954234-tchernobyl-sur-seine-helene-crie-yves-lenoir-calmann-levy
[2] ASNR – Descriptions RBMK – Lien
[3] ASNR – Chapitre 34 – L’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl – Lien
[4] Electrabel – Dossier d’information Tchernobyl – Lien
[5] The relevance of the Chernobyl accident to source terms for severe accidents in water-cooled and moderated reactors of western design, 1988 – Lien
Illustration: https://www.senscritique.com/livre/tchernobyl_sur_seine/47460869