Les réactions politiques à l’accident de Tchernobyl ont ralenti ou stoppé de nombreux programmes nucléaires, contribuant indirectement à une augmentation de la pollution.
Vrai !
En bref
En détail
Suite à l'accident de Tchernobyl en Union Soviétique (26 avril 1986), l'opinion publique a viré contre l'énergie nucléaire dans beaucoup de pays. [1][2]
L'accident du réacteur de Three Mile Island-2 aux USA en 1979 avait déjà semé des doutes sur la technologie malgré un impact sanitaire nul et environnemental très faible. Sept ans plus tard, Tchernobyl a produit des remises en cause de programmes nucléaires un peu partout, mais surtout en Europe, directement affectée par les retombées radioactives.
Dans les mois qui ont suivi l'accident, poussés par une opinion publique plus hostile, plusieurs pays européens ont mis un frein à leurs ambitions électronucléaires.
Des pays comme les Pays-Bas, le Brésil, les Philippines ou la Yougoslavie, ont stoppé leurs projets nucléaires dans le sillon de l'accident et le durcissement de l'opinion publique qui l'a suivi.[3]

Face à la révélation des vrais mensonges soviétiques, mais aussi aux affirmations ou rumeurs d'effets sanitaires catastrophiques, répandus par des médias souvent en quête de spectacle, beaucoup de citoyens ont perdu confiance dans les assurances de leurs dirigeants, et il est devenu politiquement difficile de soutenir l'énergie nucléaire. C'est surtout cette perte de confiance qui a plombé le sort de l'énergie nucléaire après Tchernobyl.
En septembre 1986, le directeur général de l'AIEA, Hans Blix, s'est rappelé qu'après l'opposition au nucléaire qui a suivi l'accident de TMI en 1979,
"La confiance du public est revenue progressivement dans de nombreux pays, et nous avons pu voir en mars de cette année comment certains pays d’Europe — la Finlande et les Pays-Bas — étaient sur le point de se décider en faveur de nouvelles centrales nucléaires. Nous étions également fiers de pouvoir affirmer que 3800 années-réacteur d’expérience avaient été accumulées sans qu’un seul accident mortel par rayonnement ait été signalé dans une centrale nucléaire commerciale, et qu’il n’y avait jamais eu d’accident avec des rejets radioactifs à grande échelle de telles centrales dans l’atmosphère. La situation a maintenant radicalement changé,"
car Tchernobyl a montré qu'un accident civil peut avoir des conséquences très sévères sur la santé et l'environnement.
Mais le manque d’énergie nucléaire a aussi des conséquences négatives. On peut calculer [5] que le recours aux énergies fossiles en substitution du nucléaire "perdu" de 1986 à 1996 a pu augmenter les émissions annuelles de CO2 de ~97 million à 240 million tonnes de CO2 par an dans la période 1996-2006 [6], aggravant d’autant le réchauffement climatique.
Sources :
[1] https://news.gallup.com/vault/191099/gallup-vault-nuclear-power-plant-fears-chernobyl.aspx
[3] Dès 1987, les prévisions officielles du Livre Jaune de l’AIEA et l’OCDE pour la capacité nucléaire dans l’OCDE à l’horizon 2025 étaient 40-50% en dessous de celles de 1982, même si les auteurs citent surtout les raisons économiques. Aujourd’hui, les pays de l’OCDE comptent environ 300 GW de capacité nucléaire, loin des 555-1150 GW prévus en 1987.
[4] Illustration: Angra Nuclear Power Plant By Photograph by Mike Peel (www.mikepeel.net)., CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=68487376
[5 ] Calcul basé sur l’hypothèse d’une substitution de l’électricité nucléaire potentielle mais non réalisée d’environ 240 TWh/an par de l’électricité d’origine fossile (charbon ou gaz)
[6] https://unece.org/sed/documents/2021/10/reports/life-cycle-assessment-electricity-generation-options