Le principal danger de Fukushima pour les populations est la contamination radioactive

Faux !

En bref

Le principal impact sanitaire de l’accident est une conséquence de l’évacuation et de la peur. Il porte sur le bien-être et la santé mentale des populations touchées; qu’un traitement médiatique outrancier, une communication anxiogène des mouvements militants antinucléaires et la stigmatisation par le reste de la population japonaise n’ont fait qu’aggraver.

En détail

Même si les rejets radioactifs ont eu des conséquences extrêmement limitées sur l’environnement et les populations, l'évacuation menée en réaction à l'accident a, elle, eu des conséquences très importantes sur le bien-être et la santé mentale des habitants et des travailleurs de la préfecture de Fukushima. Cette conclusion de l’UNSCEAR* prend en compte, en plus du traumatisme de l’évacuation, l'impact sur les populations du séisme, du tsunami et de l'accident nucléaire mais également de la peur des radiations, de l'éloignement sur la durée et de la stigmatisation associée au fait d'avoir été exposé aux rayonnements ionisants au moment de l'accident. 

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reprend également les résultats d'une étude qui relève une forte corrélation entre le niveau des doses reçues par les travailleurs et leur stress psychologique élevé au regard de la dangerosité potentielle de l'exposition. Il apparaît que ceux-ci ont également été victimes de discrimination et de harcèlement de la part du reste de la population, et que de nombreuses femmes ont exprimés des réticences à concevoir un enfant craignant le jugement social associé aux prétendus effets des radiations sur l'héritage génétique. Finalement, on constate que les anciens habitants de la préfecture de Fukushima sont réservés à l’idée de dévoiler leur ancien lieu de résidence lors d’un déménagement, du fait des discriminations qu'ils savent pouvoir encourir. 

Cette focalisation, dont les effets néfastes réels sur la santé et le bien-être des populations pourraient être évités, présente aussi la caractéristique de reléguer au second plan les victimes du séisme et du tsunami et la douleur de leurs survivants. 

Cette instrumentalisation est l'œuvre de certains mouvements anti-nucléaires et d’hommes et de femmes politiques qui ont choisi de faire de l’accident de Fukushima le symbole de quelque chose qu’il n’est pas. Elle fait écho à la question qui doit être posée sur le rôle des médias et des réseaux sociaux, dont se saisit l’OMS qui souligne dans son rapport la responsabilité des informations jouant sur l’émotion, non établies scientifiquement, et des rumeurs alimentant la peur, qui ont contribué à l’anxiété, à la confusion et à la division de la société.

* L’UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation ou Comité Scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques) est un organisme de l’ONU est chargé d’évaluer les effets des rayonnements ionisants sur l’Homme. Ce comité scientifique fonctionne selon le même principe que le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). 

Sources :

○ Maeda, 2017 https://doi.org/10.1177/1010539516689695 

○ Rapport OMS : https://apps.who.int/iris/rest/bitstreams/1318032/retrieve – Page 15 – 26 

○ Un travail spécifique sur l’intérêt du dépistage systématique du cancer de la thyroïde a été réalisé en 2018 par un groupe d’experts du Centre International de Recherche sur le Cancer (IARC, Thyroid monitoring after nuclear accident (TM-NUC): http://tmnuc.iarc.fr/en/. La conclusion de ce groupe d’experts est de ne pas recommander un dépistage systématique du cancer thyroïdien par examen ultrasonographique après un accident nucléaire, notamment du fait du risque de surdiagnostic. Il recommande de privilégier une mise à disposition des moyens de dépistage pour des groupes d’individus à haut risque, associée à une information détaillée des risques liés au sur-diagnostic auprès des patients et des familles.